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30.09.2010

« Visez les grands groupes surtout si vous êtes ingénieur ! »

Vous rêvez de travailler en Russie sans savoir exactement comment vous y prendre ? Ni quelles sont vos chances de réussite ?  Le point avec Elisabeth Gorodkov-Goutierre du cabinet TPA/Axis à Moscou.


Cadrexport : Pouvez-vous nous présenter votre cabinet ?

E. Gorodkov-Goutierre : Nous sommes une double société : TPA et AXIS. TPA qui est le bureau français a été créé en 1978 par deux associés : Patrice Trotignon et Marilyne Sachoux. Le bureau russe a été créé en 1992. Je les ai  rejoint à cette période. Je suis russophone et diplômée de Siences Po Paris. Nous avons créé une société de droit russe : OOOAXIS pour proposer des prestations à nos clients. Nous sommes une équipe mixte franco-russe, ce qui nous permet d'appréhender les deux cultures. Nous sommes indépendants. Nos clients sont surtout des sociétés étrangères : françaises, européennes, anglo-saxonnes…. Nous travaillons également avec quelques grands groupes russes bien que nous n’ayons pas forcément toujours la même approche dans la gestion des ressources humaines..

Cadrexport : Comment décririez-vous le marché de l'emploi russe en direction des francophones ?

E. Gorodkov-Goutierre : Porteur et plein d'opportunités mais difficile d'accès. Pour un étranger, il faut un permis de travail et il y a des quotas d'embauche par pays. C'est administrativement lourd pour les entreprises et cela freine les embauches de Français et d'étrangers en général.

Cadrexport : Est-il important de parler français ?

E. Gorodkov : Beaucoup moins qu'avant. C'est important pour des entreprises françaises qui souhaitent maintenir le français comme langue de travail. Mais en général, la langue de travail est l'anglais et la langue russe, bien sûr !

Cadrexport : Parler russe est donc déterminant lorsque l'on cherche un travail ici !

E. Gorodkov : Disons que les jeunes français qui parlent russe et qui souhaitent venir travailler en Russie, doivent venir ..!

Cadrexport : Dans quels secteurs sont-ils certains de trouver un emploi ?

E. Gorodkov : Dans tous les secteurs ! Il y a de grosses entreprises françaises qui font la une de la presse. Les PME sont un peu moins présentes mais quel que soit le secteur : l'art de la table, les parfums/cosmétiques, l'industrie automobile, la machine-outil … ils ont toutes leurs chances de trouver un emploi.

Cadrexport : Y-a-t-il des profils plus particulièrement prisés ?

E. Gorodkov : Les profils les plus difficiles à trouver sont les profils d'ingénieurs : très opérationnels,  francophones et parlant russe. Les ingénieurs français sont rarement russophones, ce qui complique beaucoup les choses. Quand une entreprise russe est rachetée par un groupe français, et que la direction est russe, il est utile que le nouveau directeur puisse faire l'interface entre l'équipe russe et les spécialistes étrangers. Il y a 20 ans que je suis en Russie. Jusqu'en 1998, beaucoup de sociétés françaises étaient seulement importatrices.. Après 1998, les sociétés ont désiré s’ouvrir davantage sur les marchés de l’ex-URSS et couvrir des zones géographiques importantes. Elles se sont progressivement mises à produire et occupent aujourd’hui des places de choix sur le marché.

Cadrexport : Comment les francophones travaillent-ils en Russie ? en expatriation ou en contrat local ?

E. Gorodkov : Je n'ai pas de statistiques sous la main mais je pense que c'est à peu près en expatriation pour une moitié et en contrat local pour l'autre moitié. Dans les grandes entreprises, que ce soit dans la grande distribution ou dans le luxe, c'est en expatriation. Le frein des contrats locaux est le permis de travail, depuis 2007 surtout. Cette année 2010 connaît un certain assouplissement pour ce qui est appelé les « travailleurs hautement rémunérés ». Ce permis de travail est aujourd'hui plus facile et plus rapide à obtenir et il n'entre pas dans les quotas.

Cadrexport : Que conseilleriez-vous à un jeune diplômé qui souhaite venir travailler en Russie ? S'il tente de se faire embaucher en France, il n'a aucune garantie d'aller travailler en Russie un jour. D'un autre côté, le contrat local est difficile à obtenir. Comment doit-il s'y prendre ?

E. Gorodkov : S'il connaît le russe et qu'il souhaite travailler en Russie, il faut entrer en contact avec un grand groupe en France, bien sûr. Si ça ne marche pas, il faut venir ici et tenter sa chance sur place. Il faut s'armer de patience. Il existe, par exemple, des sociétés d'intérim qui peuvent proposer des services permettant d'enregistrer la personne. Des solutions peuvent être trouvées mais il faut être persévérant.

Cadrexport : Combien de temps faut-il compter une fois sur place, pour trouver du travail, à votre avis ?

E. Gorodkov : Je ne peux pas vous dire. C'est vraiment au cas par cas. Il y a des gens qui trouvent vite, avec de bonnes conditions. Ceux qui ont la chance de loger chez des amis, peuvent se permettre d’être moins regardant sur les conditions de salaires. Pour d'autres, c'est plus compliqué. La Russie est un pays où il y a du travail et beaucoup de choses à développer. Il y a aussi beaucoup de jeunes qui viennent et qui au bout de quelques mois, montent leur société. Ce qui n'est pas si compliqué lorsque l'on parle russe. Là aussi les permis de travail sont relativement simplifiés. Beaucoup de Français ont très bien réussi. Certains mêmes venus avec une entreprise et n’ayant pas envie de repartir, ils ont créé  leur propre société. D'autres sont arrivés avec peu (financièrement parlant) et ont connu des réussites et des succès qu'ils n’auraient pas connus en France.

Cadrexport : Auriez-vous un autre conseil à donner à des français qui voudraient s'installer en Russie ?

E. Gorodkov : C'est un pays déroutant parfois mais attachant. Il y a beaucoup de choses à faire et il ne faut peut-être pas s'arrêter aux grandes villes. Il y a aussi belles opportunités en province L'accueil n'en est que meilleur. Moscou est aujourd’hui une ville  trépidante, bouillonnante voire stressante. En province, la vie est plus calme et les opportunités encore très nombreuses.

Interview réalisée par Diane Pinelli en septembre 2010


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